mercredi 18 mai 2016

Fausse modeste ou vrai coucou? (Lamium orvala)

Ah ça, pour de la courbette, ça c'est de la courbette! ;o))
Tout y est!
Tunique de soie traînant par terre...
Longues manches couvrant des mains prêtes à se joindre...
Genou légèrement fléchi pour mettre en valeur la taille fine...
Et ce coquin de petit chapeau cloche humblement rabattu sur les yeux....
Avez-vous déjà vu plus humble révérence de courtisane à la cour de l'Empereur de Chine?
Mais... croyez moi, il ne faut pas s'y fier!
Oh, je sais pourquoi tu t'es lancée dans les salamalecs, pestouille!
Tu sais que ton avenir à ma cour (ou plutôt, dans mon jardin) est incertain!
Je t'avais pourtant adoptée avec enthousiasme, dans ta jeunesse. Pire, j'avais aussi adopté ta sœur jumelle, à la tunique blanche.
Mais tu m'as déçue. Oh, certes, jusqu'en Juin, tu fais la belle, tu te tiens droite, tu te montres sous ton meilleur jour. Je sais.
Le coup de la tunique de soie et des courbettes, ça dure...quoi... quinze jours? Bel effort! Vraiment!
Mais à partir de Juillet, quel relâchement!
D'abord tu perds tes beaux atours de courtisane, puis tu t"abouses" lamentablement, que dis-je, tu te vautres par terre sans élégance aucune.
Pfff. Ah, ils ont bonne mine, mes massifs, avec ces tiges ramollo, et ces feuilles désséchées du plus mauvais effet autour de tes gambettes. Un bien triste spectacle.
Je n'ai même jamais pris la peine de te tirer le portrait quand tu es dans cet état, ce serait franchement gâcher les pixels!
Courtisane, toi? Pfff... je te soupçonne fort d'être une coucou-rtisanne, plutôt!
Un genre de coucou végétal!
Tu t'es introduite dans le jardin au printemps, en loucedé, mine de rien, jolie vivace au milieu d'autres jolies vivaces, comme un oeuf posé parmi d'autres oeufs dans un nid.
Mais une fois dans la place, tu prends tes aises, tu lèves enfin le voile et révèles ta vraie nature de coucou, prenant la place d'une autre pour mieux te laisser aller à ta nature profonde: la paresse.
A quoi bon se tenir droite en plein été, c'est ça?
Ca tient trop chaud, une tunique de soie, peut-être?
Alors la Miss fait du strip-tease.... Sauf qu'elle n'est vraiment pas douée, la Miss, pour le striptease! Beuark!
Et il ne reste qu'à te supporter tout le reste de l'année dans tes haillons de souillon mal fagottée.
Mais pas la peine d'essayer de te cacher derrière le tronc du Malus coccinella. Je t'ai dans le collimateur!
Tu ne croyais quand même pas que ça allait durer, cette vie de château "à pas cher"!
D'ailleurs,  en soulevant ton soit-disant minois humblement baissé, je crois que je t'ai prise en flagrant délit de sournoiserie, montrant ta nature maléfique sous le chapeau faussement baissé.
Regardez, mes amis... vous avez vu, sous le chapeau, ce cou démesuré, ces yeux chafouins et ce sourire carnassier? On dirait une mante religieuse! Ça en dit long sur le personnage, je trouve!
Alors, à votre avis... dois-je sévir? Lui offrir un billet aller simple pour le tas de compost? Ça me démange depuis longtemps.  Seule la flemme m'a jusqu'ici retenue: vaut-elle vraiment la peine qu'on se fatigue à la sortir de là?  Qu'en pensez-vous?

dimanche 8 mai 2016

La nostalgie d'un Cafre: mémoire d'un déraciné (Schyzostylis coccinea rosea)

Pauvre petite fleur immigrée....
Pourtant, elle avait l'air de s'être bien intégrée, fleurissant d'abondance en octobre, lorsque les jours raccourcissaient, que la lumière se faisait plus douce mais plus rare, apportant à elle seule un peu de gaîté aux massifs déclinants...
Je la croyais heureuse!
Jusqu'ici, je ne l'avais jamais entendue se plaindre, d'ailleurs.. même en tendant bien l'oreille!
Mais là, j'en ai le cœur serré pour elle.
Je l'entends presque gémir...

"Est-ce que ce monde est sérieux?....
Afrique du Sud, je me souviens... "

Se rappelle-t-elle vraiment, parfois?
Qu'il y a longtemps, si longtemps, elle vivait bien loin d'ici, et que c'est bien en mai, et non en octobre, qu'elle était prête à éclore ses jolis pétales tout de rose vêtus...
Mais elle est si loin, son Afrique du Sud natale.
Comment a-t-elle fait pour garder ce souvenir bien enfoui?
Dans ses racines, peut-être?
Dans ses gènes?
Spectacle insolite, en tous cas, en ce joli mois de mai de l'hémisphère Nord!
D'autant qu'elle a choisi de surgir en plein milieu d'une touffe d'Iberis sempervirens bien blanche.
On n'y voit qu'elle.
Mais oui, vous l'avez reconnue: c'est bien Schyzostylis coccinea rosea, le "Lys des Cafres" rose.
Les Cafres, ce sont des noirs d'Afrique du Sud.
Et dire qu'au départ, c'est un terme méprisant, signifiant les "infidèles", en gros. Infidèle, elle? Pourtant voyez comme elle montre avec fierté ses origines australes!

A moins que ce ne soit le décalage horaire.
Six mois de "décalage horaire"?
Quand on voit ce que six heures me font, à moi, au retour du Canada, on comprend que ce soit dur à résorber! ;o)
Je me demande parfois... Toutes ces jolies plantes d'un autre ailleurs, que nous regardons et soignons avec tant d'amour... nous oublions vite que nous les avons sauvagement transplantées de l'autre bout du monde.
Certaines, bien sûr, les aventurières, se sont empressées de coloniser ce nouveau territoire,  mais c'est une minorité guerrière.
Les autres, les douces, les fragiles, ne sont-elles pas pas tristes, au fond de leurs racines, en pensant à leur pays natal et à leurs voisines de là-bas, qu'elles ne reverront jamais?...


Tiens, pour ne pas se mettre le moral dans les chaussettes après cette évocation horticolo-philosophique de cuisine....puisque vous êtes là... et que vous avez semblé vous amuser avec le petit quiz d'Avril...
Un mini-quiz  en fin d'article, ça vous dit? Toujours en blanc.... Mais que des froufrous, cette fois!

Froufrou de mai  n°1
Froufrou de mai n°2








A vous de jouer!