mercredi 25 novembre 2015

Boucle de Jade, ou "Le Bonheur N'est Pas Dans Le Pré" (Schizostylis)

Vous connaissez tous l'histoire de Boucle d'Or, bien sûr...
Mais la version jardinière, la connaissez-vous?
Il était une fois, donc....une petite fleur qui avait des feuilles si vertes, si drues et si droites qu'on l'appelait "Boucle de Jade" (par dérision sans doute!).
Elle habitait là bas, tout en bas de l'Afrique, dans une jolie prairie humide baignée de soleil.
Un jour, poussée par la curiosité, elle décida d'aller se promener, histoire de voir à quoi ressemblait le vaste monde.
Chemin faisant, elle arriva par un belle journée de printemps dans un petit jardin qui lui parut accueillant et bien douillet.
Il y avait là tant d'autres fleurs pour se faire des amies, un petit étang juste grand comme il faut, un soleil chaud et lumineux, mais pas aussi brûlant que dans son pays natal, et une terre bien solide pour y planter ses petites racines.
Elle frappa donc à la porte du jardin, mais n'entendit aucune réponse.
Comme elle était curieuse de savoir si elle pourrait habiter là, elle entra.
C'est qu'elle commençait  à se sentir fatiguée, à force de courir le monde!  Ici, au moins, elle aurait six bons mois pour se reposer et reprendre des forces, avant de fleurir.

Premier épisode: Trop Sec.
Elle s'installa d'abord au bord de l'étang. Ça lui avait paru une bonne idée, pour sentir la brise humide lui caresser les tiges par les chaudes journées d'été, et se regarder fleurir, le moment venu, dans le joli miroir bleuté.
Mais au bout de quelques mois, elle commença à déchanter. Qu'elle était lourde, cette terre! Qu'elle était sèche surtout. Curieux, pourtant, au bord d'un étang?
Ce que la pauvrette ignorait, c'est que cet étang-là était un fieffé égoïste, et s'était protégé par une lourde carapace noire.Il gardait jalousement la moindre goutte d'eau pour lui tout seul le gredin!
Pourtant, elle ne demandait pas grand chose! Elle n'avait que de tout petits pieds, de minuscules petits pieds blancs à peine plus gros qu'un grain de riz, avec une multitude de fins orteils délicats et fragiles. Alors,elle les avait posés là, discrètement, juste sous la surface, pour ne pas déranger ses voisines. 
C'était une petite fleur bien élevée!
L'été succéda au printemps. Elle eut bien chaud. Elle eut bien soif.
La terre était aussi brûlante que la soupe de Papa Ours....
Pourtant, elle tint bon, et en brave petite fleur qu'elle était, elle fit de son mieux pour fleurir quand même à  l'automne, en puisant dans ses réserves pour se faire accepter...
Mais après ce gros effort, quand arriva le rude hiver, ce qui devait arriver arriva: affaiblie, elle prit froid au premier coup de gel, et crut mourir d'un rhume de pieds carabinés.
Elle survécut pourtant. Mais au printemps, elle résolut de déménager. Décidément, ce coin-là était trop sec, il fallait essayer autre chose.

Deuxième épisode: Trop Mouillé
Alors elle emménagea dans une jolie plate-bande un petit peu plus bas, à quelques mètres de l'étang, entre un beau cercis et un magnolia.
 Une belle lumière, un horizon dégagé, on se serait presque cru dans sa prairie natale...
Ahhhh...l'endroit était nettement moins sec, c'était mieux. Elle étira d'aise ses fins doigts de pieds en éventail dans la terre bien humide. L'été fut parfait!
Las...quand le second hiver arriva, cette belle humidité qui lui avait tant plus quelques mois auparavant, faillit lui être fatale. L'eau se transforma en glace, enserrant ses pauvres petons comme un étau, provoquant de douloureuses engelures.
On se serait cru sur l'Everest, et sans oxygène encore!
Sans parler de la méchante bise qui soufflait tant et plus, détruisant les fleurettes qu'elle essayait d'ouvrir encore, en décembre, malgré la neige et le froid.
La terre était encore plus froide que la soupe de Maman Ours: congelée!
La pneumonie se déclara, la gangrène menaça. Elle perdit plusieurs orteils, tant la froidure perdura!
Trop, c'est trop!
Décidément, ce petit jardin qui paraissait si accueillant, n'était qu'un leurre! Elle pensa même disparaître de chagrin.
Elle avait tant envie de vivre, pourtant! Elle lutta pour ne pas se laisser aller. Quand enfin arriva le printemps salvateur, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même.
Mais impossible de retourner dans son pays, ni de reprendre son errance: elle n'en avait plus la force... Elle décida de se donner une dernière chance avant de renoncer.

Troisième épisode: Trop bien!!!!
Elle avait repéré, tout en bas du jardin, une murette.
Elle qui avait été tellement malmenée par le vent l'hiver précédent! Elle y vit comme une réponse à ses prières. Une murette, voilà ce qu'il lui fallait!
Juste au pied, là, grâce au dénivelé, l'eau venue du jardin du haut serait sûrement plus proche de la surface, l'été! Et fini le vent! La solution était peut-être là!
Et puis, la terre était plus légère, là. Disons plutôt: un peu moins compacte, pour être honnête.
Mais bon, l'argile, ça ne lui faisait pas peur, ce n'était pas le problème! Au contraire, elle lui gardait nourriture et boisson sans se déshydrater ni s'appauvrir. "Essayons!" se dit-elle.
Quand l'été arriva, elle se tint prête. Serait-il trop sec, encore une fois? Mais ô surprise, dès le mois de Juillet, toutes les moumouttes de l'arbre-à-perruques géant qu'on apercevait contre la clôture du jardin, s'amassèrent  pour former une superbe couette, une ouate légère et protectrice, tout autour de ses petits pieds meurtris.
Hmmm... qu'il y faisait bon chaud, sous la couette! Et puis, l'évaporation tant redoutée s'en trouvait bien freinée! Une petite couche de BRF (Bois Raméal Fragmenté) vint aussi préserver le précieux liquide autour de ses orteils.
Une étape de franchie. Restait à attendre l'hiver. Elle en tremblait d'avance.
Il fut froid. Et humide aussi.
Pourtant, bien à l'abri derrière sa murette, elle se retrouva comme dans une petite bulle. Sans vent ou presque. Sans cette terrible alternance quotidienne de gel et de dégel trop rapide, qui lui avait fait tant de mal, en plein vent, l'année précédente.
"Quand je pense qu'il y en a qui se battent pour être sur la plus haute marche des podiums!" se dit-elle. "Mais ils sont fous! C'est sur la marche la plus basse qu'on est le mieux installé! C'est évident!"
Et elle s'épanouit d'aise.
Elle avait trouvé "sa" soupe à elle, comme celle de Bébé Ours. Ni trop chaude, ni trop froide, juste comme elle l'aimait! Elle s'en gava jusqu'à plus soif.


La première année, elle ne se permit que 8 tiges florales, par prudence....



La deuxième année? Presque une vingtaine!


Et la troisième année, elle fleurit sans compter. Sans parler des bébés qui se pressent au pied de l'heureuse maman, regardez! (hmmm... que de jolis schlouks en perspective: ;o)...)


Moralité

Le bonheur n'est pas "dans le pré", finalement, mais...au pied du podium!
La murette vous dis-je, la murette! 
Il n'y a que ça de vrai! 
Foi de Schizostylis!


lundi 16 novembre 2015

Mon jardin est musulman, syrien et arabe.


En ces temps troublés où l'on n'entend parler que de guerre, de riposte, de frappe et d'autres horreurs, je viens faire appel à nos jardins et à mes amis jardiniers.
D'accord pour ne pas se laisser terroriser, d'accord pour se défendre, oui. Mais pas seulement!

Messieurs nos politiques, nos penseurs, vous ne connaissez pas la France et les Français, apparemment!
Nous ne sommes pas un peuple raciste. Nous ne sommes pas un peuple xénophobe.
La France est, en grande majorité, composée de gens ouverts, tolérants, non-sectaires et pas revanchards pour deux sous. Seulement, cette majorité-là, elle se tait. 
La minorité haineuse et intolérante, par contre, elle parle, elle agit.  
Il est temps de rappeler, je crois, quelques vérités dans lesquelles, j'en suis sûre, l'immense majorité de mes compatriotes se reconnaîtront. 

Vérité en termes de religion, d'abord.
Je suis chrétienne. Oui. Et la chrétienté c'est la charité et la tolérance.
Pourtant, je reconnais volontiers que l'Islam, le vrai, pas celui des extrémistes, est la religion la plus tolérante que je connaisse. Dès l'origine, il a reconnu, accepté, intégré les textes et les prophètes juifs et chrétiens. Les premiers musulmans vivaient en paix avec les autres religions du moyen-orient.
Ma chère belle-fille est musulmane, d'origine algérienne, et c'est ma deuxième fille depuis plus de 18 ans.
Mes trois petites princesses peuvent, et doivent, être fières de leur héritage.
J'ai toujours eu des amis musulmans formidables autour de moi. 
Ahmed, le merveilleux jardinier trop tôt disparu, qui cultivait 1700 m2 de potager à côté de mon précédent jardin. Toujours le cœur et les légumes sur la main. Fêtant l'Haïd chaque année avec nous, ses voisins chrétiens. Aidant de toutes se forces sa famille et ceux qui l'entouraient. 
M. Dagdiche le peintre tunisien, qui est venu à de multiples reprises, pendant 20 ans, avec son jeune fils, repeindre une pièce ou l'autre chez moi. La gentillesse, le sourire et la tolérance incarnés. 
Même si nous avons parfois discuté religion, aucun d'entre eux n'a jamais tenté de me convaincre, encore moins de me convertir.

Vérité historique aussi.
Que les chrétiens ont la mémoire courte.  La chrétienté n'a pas de leçons à donner au monde musulman pour ses excès. Et les croisades? Et l'inquisition, vous en souvenez-vous? Certes c'était il y a longtemps. Nous en avons fini avec cette horreur. Mais il faut aider les autres à s'en sortir eux aussi, au lieu de les clouer au pilori comme si nos peuples étaient exempts de tout reproche.
Et nous devons tant au monde arabo-musulman! Les mathématiques, notamment l'algèbre! La navigation, l'astronomie, la médecine aussi! Et même une partie de notre vocabulaire.
Sans parler des merveilles architecturales et artistiques que nous ont offert les peuples de ce monde. Quelle extraordinaire civilisation que celle des Almoravides! Elle nous a aussi transmis la pensée de merveilleux philosophes, tolérants, laïques même, comme Averroes.

Et à une très modeste échelle, vérité jardinière aussi.
Nos jardins doivent énormément aux jardins du pourtour méditerranéen.
Hibiscus syriacus, Rose de Damas, Nigelles, asphodèles, bourrache, de nombreux Iris aussi, ramenés des croisades, le jasmin je crois, le coquelicot, et même, qui l'eut cru, le Lys de la Madone! Sans parler du rôle de l'eau dans les jardins arabo-andalous, qui ont tant influencé nos jardins classiques et modernes.
Mon jardin est donc lui aussi, en partie, arabo-musulman. Et j'en suis fière.
Alors que faire? 
Certes il faut se défendre, pour essayer d'empêcher d'autres barbaries, d'autres folies aveugles, d'autres morts aussi absurdes que celles de ce vendredi 13. Bien.
Mais j'aimerais tant que l'on annonce aussi, et avec autant de fracas, la mise à l'honneur de l'amitié et de la bonne entente entre chrétiens et musulmans chez nous. Parce que c'est ça, la réalité de tous les jours, pour la grande majorité des français!
Qu'attend-on pour mieux apprendre à nos enfants cette tolérance? A l'école si les parents  ne le font pas assez. Créer des parrainages entre enfants chrétiens et enfants musulmans. Y faire des présentations sur les vérités historiques dont je parlais plus haut, rappeler notre histoire commune et ce que nous nous devons les uns les autres. Afficher publiquement, et au plus haut niveau, l'amitié qui est la règle dans notre pays, et non la haine.  
Ce sont tous les extrémismes qu'il faut combattre, pas seulement celui qui se planque lâchement derrière une religion qui, pour la grande majorité de ses croyants, n'a rien à voir avec ces horreurs. 

Je crois que je vais mettre de belles étiquettes à certaines de mes plantes. "Plante d'origine arabe". 
Je vous en conjure, vous aussi, mes amis jardiniers, si vous en avez la possibilité, montrez votre tolérance au grand jour. aidons-nous les uns les autres, musulmans et chrétiens, pour encourager la paix et montrer à ces fous de djihadistes qu'ils se trompent de cible.

Voilà. Pardonnez-moi ce cri du cœur. Je ne vais pas autoriser les commentaires sur cet article, pour ne pas risquer une polémique qui ne peut venir, une fois de plus, que de la minorité agissante dont j'ai honte pour mon pays.
Par contre, ceux ou celles qui voudraient m'écrire sur ce sujet le peuvent, en utilisant le formulaire de contact ci-dessous. Je publierai, si vous le souhaitez, les plus beaux de vos témoignages. je les attends. Je les espère. Je vous aime tous, quels que soient votre origine, votre couleur, votre religion et le style de vos jardins.
Vive la France des Droits de l'Homme, la Grande, la Belle, celle de la Tolérance et de l'Humanité. D'où qu'elle soit originaire.